La prostitution : un délicat débat

 

    La presse écrite :

“La presse, de son côté, a longtemps entretenu le silence sur ce problème, privant ainsi l’opinion d’informations, qui aurait pu la faire réagir.

Mais, il est vrai qu’elle se mobilise difficilement, ou se contente de tourner la douleur des victimes en dérision, suivant en cela le préjugé traditionnel qui assimile les prostituées à une sorte de sous-humanité.

Depuis plus, de deux mille ans, qu’à la frontière de la pensée magique et du sacré, un magma informe, encombre les esprits, d’une pseudo-morale, forgée par le machisme, toute politique volontariste sur ce problème est restée sans effet.

Il est difficile d’ôter des esprits, quelle que soit l’époque ou la latitude, que celui ou celle qui s’est prostitué, ne serait-ce qu’une seule fois, est définitivement déchu, à l’image du complexe que l’on inculque à ceux qui ont connu l’esclavage.

Il faudra encore longtemps, avant que la société leur rende leur pleine humanité, alors que depuis des siècles, l’humanisme refuse l’idée que la victime n’a que ce qu’elle mérite, pour la seule raison qu’elle est la moins forte.

Si l’on se situe au niveau de l’efficacité, force est de constater que la simple répression policière ou judiciaire reste inopérante.

Il suffit de remonter un quart de siècle en arrière, pour comprendre la vanité de lois qui, aujourd’hui encore, restent à peu près sans effet”, par Audrey Crespo-Mara, élue meilleure journaliste de l’année 2016.

La journaliste-présentatrice, Audrey Crespo-Mara, l’épouse de Thierry Ardisson, a reçu le prix Mondial Presse 2016.

 

  La prostitution des jeunes :

En 1981, on dénonçait à l’organisation des nations unies (ONU) un important développement au niveau mondial de la prostitution des jeunes “pris dans les rets de groupes criminels qui les exploitaient […] en recourant souvent à la violence et au meurtre”, et cela en dépit d’une législation qui frappait souvent les proxénètes au même titre que les clients.

On comprit vite que la clandestinité se doublait d’un discrédit tel que les prostituées hésitaient à se faire enregistrer et que les clients préféraient également un camouflage qui fonctionnait avec “la bouche à l’oreille”, empêchant les investigations des polices les plus déterminées.

Il n’en reste pas moins que souvent, même au cœur des pays les plus respectueux des droits de l’homme, certains trottoirs encombrés ne mobilisent pas plus le zèle policier que les enseignes phosphorescentes des établissements spécialisés.

 

Cette indifférence procède certes des bas-fonds d’une psychologie collective qui refuse d’admettre que la prostitution occupe l’un des versants obscurs de la vie des sociétés, qui ont toujours trouvé là un exutoire à leurs fantasmes et à leurs pulsions les plus inavouables, mais elle révèle au même temps que les autorités jugent plus ou moins, inconsciemment son maintien indispensable à l’équilibre social.

 

Depuis l’Antiquité, cette conception de maintien de l’ordre est peut-être bien le frein le plus puissant opposé à toutes les tentatives d’éradication.

Il serait faux d’affirmer que les gouvernements ne sont pas informés, puisqu’ils légifèrent presque tous dans ce domaine, mais, les dispositions législatives se montrent totalement inopérantes.